L'insoutenable légèreté des lettres.

Les tribulations d'une liseuse organique.

jeromeblouin:

Muses à quatre pattes

Allen Ginsberg, Charles Bukowski, Edgar Allan Poe, H P Lovecraft, Jean Cocteau, Jorge Luis Borges, Michel Foucault, Raymond Chandler, Jean-Paul Sartre, Julio Cortazar accompagnés de leurs chats

(Source : memorias-del-ouroboros)

Livresque

Parfois feuilleter au hasard un recueil dans une bibliothèque, c’est s’exposer à ce que soudain, la page nous agrippe. Les mots que nous avons ignoré avant, sont vengés par les mots dix pages plus loin. Ils nous attrapent et nous regardent dans les yeux. Il est frappant ce regard, il est si fascinant qu’on ne peut pas le fuir. Et l’on se laisse glisser le long du papier, bercé, attiré vers le fond de la mare, comme par des êtres venus d’autres parts, et qui viennent nous montrer silencieusement la vérité. On se laisse alors, doucement, raconter l’histoire.

“La poésie se fait dans un lit comme l’amour. Ses draps défaits sont l’aurore des choses.”

—   André Breton (via carnets—intimes)

(Source : carnet-intime, via laceremoniedesadieux)

Bégaiement

On part toujours sur la pointe des pieds, comme cet être indécent qui n’a pas sa place dans le décor. Et si l’on n’arrivait nulle part ? S’il n’y avait pas de lieu qui nous était destiné en propre, un lieu bien sûr abstrait qui serait celui qui correspond à ce que nous sommes, vers lequel on s’est construit ?

Il arrive souvent d’avoir la sensation de n’être comme personne, sans que ce soit de l’orgueil, c’est même plutôt une tare. A quoi bon travailler sur le langage si l’on est incapable de communiquer ? Si l’on s’est toujours senti un peu en trop, un peu incongru, en décalage, celui qui fait des vannes pourries, qui se ravise de suite et qui sonne faux, celui qui n’est jamais à l’aise, même qu’on dirait qu’il est toujours triste ou qu’il fait toujours la tête. Celui qui n’est pas dans la droite ligne de ce qui fait bien, qui n’aime pas les mêmes trucs, qui regarde pas dans le même sens, qui se lève tôt au lieu de se coucher tard. Y a-t-il une place, un semblant de cohérence, ou de reconnaissance ? “J’ai pas envie de passer du temps avec vous, je ne vous comprends pas, c’est comme si vous ne parliez pas la même langue, ou plutôt c’est moi qui ne parle pas comme il faudrait, pénurie de mots, pénurie de tout, ennui, c’est surtout l’ennui qui me colle lorsque je suis à vos côtés, flattant de vaines discussions alors qu’en tout bien tout honneur, nous savons que je vous aime pas et que vous êtes mal à l’aise à mon côté, mais nous échangeons des fadaises que nous oublierons sur le champ, parce qu’il le faut, il faut avoir l’air de s’apprécier.”

Ultramoderne solitude. Je n’ai rien à dire, alors que ma vie est pleine de vocabulaire, que dans ma tête tourne les phrases et des métaphores, que mon coeur se remplit du déchirant remord de ne pouvoir les laisser passer le mur qu’est ma bouche, faute de paraitre stupide ou déséquilibrée.

"Je ne suis pas attardé, je n’ai simplement jamais été moi-même avec personne."

Il faut sauver le soldat littérature (2)

La littérature pourrait être une énergie vitale. Quelque chose qui provient de la conscience humaine, qui soit nécessaire -elle n’est sans doute pas pérenne sans raison- et qui donne à l’homme de quoi se défendre contre l’existence, pour autant que ce soit négatif, on devrait sans doute plutôt dire que c’est pour apprendre à vivre, à mieux vivre -bien que j’y vois parfois plutôt un combat de boxe-.

C’est assez vague, assurément, mais on ne répond de la littérature que par la négativité. Ce n’est pas thérapeutique -on ne vient pas se consoler dans les livres, je dirais même que parfois on vient chercher à se prendre un coup de poing-, ça ne délivre pas un message qu’il faudrait décrypter -après tout pourquoi tourner les choses dans tous les sens si on pouvait les dire simplement!-, ça ne permet pas de se former une identité -faite d’exemples de vertu ou l’inverse, mis dans des situations dans lequel on pourrait être amené à se trouver-, ce n’est pas qu’un loisir, ce n’est pas une source de savoir, ce n’est pas le prix de la connaissance ou de la culture générale. Après tout, on peut même passer sa vie sans lire un livre et s’en porter très bien. La littérature ça n’est que de la littérature. C’est ce qui fait son tout, son essence. Qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Ne me le demandez pas, j’ai beau tourner ça dans tout les sens, je n’arrive qu’à cette conclusion:

La littérature, c’est tout et rien à la fois, c’est le néant et l’absolu à la fois, la littérature c’est la vie. C’est l’illustration de ce principe même de l’existence, nécessaire, impalpable, indéfinissable.

Il faut sauver le soldat littérature

Rattrapée par ma propre absurdité j’en viens à me demander si toute la littérature n’est pas que brassage d’air, ne serait dans les faits que la justification d’un usage humain pour lutter contre l’ennui, quelque chose duquel il produirait un certain mysticisme, un sens caché, magique, qui fait vibrer son homme. Les cours ne seraient alors qu’une défense et illustration de quelque chose qui à notre époque fuit vers le néant. Et puis quoi ? Ça sert à quoi ?
On pèse alors peut-être, dans une situation où l’homme se débat contre lui même, qu’il n’y a rien qui, comme la littérature, ne soit absurde et vide de sens.

leromanduntricheur:

Lettre de suicide 

Lettre à la presse. Jour J. Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs …..

Je me suis enfin exprimé entièrement.

(via negatifs)

Dans le brouillard du levé, je ne respire qu’après ton souvenir, bercé de frêles espérances, de bonheurs inassouvis, je ne respire que dans la douce confiance, la paix des jours qui passent, te sachant avec moi des plus brefs instants aux heures charmantes. Je n’y vois qu’un bonheur sans fond, une profonde douceur de vivre. Je n’aurais de cesse de craindre que cette fleur si fine se brise entre mes doigts. Je ne respire que de ton parfum, précieuse reconnaissance, celle d’être chez soi, enfin. Si simple, si clair, qu’il n’est aucun nuage qui puisse l’assombrir. Et je t’aime, de cette brûlure insatiable qui ne se nourrie qu’entre tes bras. Et je t’aime. C’est tout.

Le plus beau des poèmes.

"Il faut vivre, l’azur au-dessus comme un glaive
Prêt à trancher le fil qui nous retient debout
Il faut vivre partout, dans la boue et le rêve
En aimant à la fois et le rêve et la boue
Il faut se dépêcher d’adorer ce qui passe
Un film à la télé, un regard dans la cour
Un coeur fragile et nu sous une carapace
Une allure de fille éphémère qui court
Je veux la chair joyeuse et qui lit tous les livres
Du poète au polar, de la Bible à Vermot
M’endormir presque à jeun et me réveiller ivre
Avoir le premier geste et pas le dernier mot
Étouffer d’émotion, de désir, de musique
Écouter le silence où Mozart chante encore
Avoir une mémoire hypocrite, amnésique
Réfractaire aux regrets, indulgente aux remords

Il faut vivre, il faut peindre avec ou sans palette
Et sculpter dans le marbre effrayant du destin
Les ailes mortes du Moulin de la Galette
La robe de mariée où s’endort la putain

Il faut voir Dieu descendre une ruelle morne
En sifflotant un air de rancune et d’espoir
Et le diable rêver, en aiguisant ses cornes
Que la lumière prend sa source dans le noir
Football, amour, alcool, gloire, frissons, tendresse
Je prends tout pêle-mêle et je suis bien partout
Au milieu des dockers dont l’amarre est l’adresse
Dans la fête tzigane et le rire bantou
On n’a jamais le temps, le temps nous a, il traîne
Comme un fleuve de plaine aux méandres moqueurs
Mais on y trouve un lit et des chants de sirènes
Et un songe accroché au pas du remorqueur
Jamais ce qui éteint, jamais ce qui dégoûte
Toujours, toujours, toujours, ce qui fait avancer
Il faut boire ses jours, un à un, goutte à goutte
Et ne trouver de l’or que pour le dépenser
Qu’on s’appelle Suzanne, Henri, Serge ou que sais-je
Quidam évanescent, anonyme, paumé
Il faut croire au soleil en adorant la neige
Et chercher le plus-que-parfait du verbe aimer

Il faut vivre d’amour, d’amitié, de défaites
Donner à perte d’âme, éclater de passion
Pour que l’on puisse écrire à la fin de la fête
Quelque chose a changé pendant que nous passions.”

Serge Reggiani - Il faut vivre

Mélancolie du dimanche soir.

J’ai l’impression de taper sur les touches de mon ordinateur au rythme du son de piano que j’ai mis pour accompagner ma pensée.

J’ai envie de crier qu’il ne faut laisser personne vous tirer le tapis de la vie sous les pieds.

On ne contrôle jamais rien, on ne peut jamais rien.

Si on est seul, c’est qu’on a jamais eu le courage de ne plus l’être.

Si on à peur, c’est qu’il faut vivre.

Il faut vivre, il faut vivre, il faut vivre.

Taper dans le tas, voir ce qui en ressort. Aimer chaque instant.

Elsa Triolet dit que c’est sans doute la longueur incertaine du temps qui nous sépare de la mort qui nous empêche de vivre. Nous avons peur des faux pas irrémédiables. Mais il faut vivre, il faut vivre. Je ne vous en parlerais pas aujourd’hui si j’y arrivais comme il se doit. On n’apprend pas ça dans les livres, ou à l’école, ou à la télé, personne ne sait comment. On se retrouve un jour à un endroit, puis un autre, on cause avec des types, on cause avec des nanas, jamais que des figures idolâtrées. Eux, ils savent. Ils ont compris. Ils sourient, ils sont toujours là-bas, ailleurs, ils n’ont pas le temps de cogiter sur comment ce devrait être, ils sont en plein dedans. Et nous qui restons sur le bord, à chercher encore comment dénouer le pourquoi du comment sans trop savoir quoi faire, ils ne nous portent aucun intérêt. Ils sont déjà là-bas. - Il est marrant ce pronom « nous » pour désigner celui qui reste bloqué derrière sa ligne, par définition il est souvent seul. Un côté schizophrénique, sans doute, ou mon côté auto-analytique qui s’est encore égaré.

Bon, et puis quoi ? On a tous un moment de faiblesse, des restrictions, des barrières, du chagrin. On ne les compte plus, on les oublie la plupart du temps. C’était rien, c’était rien. La musique qui passe est triste, on se laisse partir un peu, on coule, et puis on tape le fond d’un grand coup de pied qui nous ramène à la surface. Je laisse mes pensées dériver à leurs aises, et je m’excuse si tout n’est pas clair. Voici le portrait d’une inquiétude. Une inquiétude figée, face à la figure d’une solitude effrayante qui rode le dimanche soir, près de chez moi, sous mes fenêtres. Et je fais des rêves du néant, je fais des rêves où mes peurs me regardent gentiment. Mais je le sais, je sais pourquoi j’ai peur. « J’aime pour la première fois. »

“Peut-être que l’amour, c’est ce mouvement par lequel je te ramène doucement à toi même.” Antoine de St Exupéry

(Source : slonkyfloyd)

“L’amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d’angoisse des amants, cet état d’attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l’absence de l’être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d’humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l’amour-propre sont en jeu, l’honneur, l’éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l’imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu’à la complète inhibition, la complète annihilation de l’âme, jusqu’à l’atonie des sens, jusqu’à l’épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu’à la sécheresse du cœur, ce besoin d’anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d’effusion, d’adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l’hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l’amour d’après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d’une main sûre le tableau clinique du masochisme ?”

—   Moravagine - Blaise Cendrars (via lmv-h)

(via gilbert-desmee)

Un dessin dans le ciel.

https://www.youtube.com/watch?v=OADi9S73x9I

Si vous voulez savoir où je suis
Comment me trouver, où j’habite
C’est pas compliqué
J’ai qu’à vous faire un dessin
Vous n’pouvez pas vous tromper

Quand vous entrez dans la galaxie, vous prenez tout droit entre Vénus et Mars, vous évitez Saturne, vous contournez Pluton,vous laissez la Lune à votre droite, vous n’pouvez pas vous tromper.
Quand vous verrez tourner dans les grands terrains vagues d’espace, des spoutniks, des machins, des trucs satellisés, des orbites abandonnées. La fourrière d’en haut, la ferraille du ciel, c’est déjà la banlieue, la banlieue de la planète où je passe le temps.
Vous continuez tout droit, là, vous verrez tourner une boule pleine de plaies, pleine de bosses, c’est la terre, j’y habite. Vous n’pouvez pas vous tromper
Vous vous laissez glisser le long du Groënland qui fait froid dans l’dos, Attention! Ça dérape…
Vous prenez à gauche par la mer du Nord, et puis à droite par la Manche, et là, vous verrez un machin qui ressemble à la tête d’un bonhomme en forme d’hexagone, avec un très grand nez, un nez qui n’en finit plus, un nez qui respire la mer, un nez, un nez en forme de Finistère, c’est la France, j’y habite Vous ne pourrez pas vous tromper
Vous continuez tout droit, jusqu’à un fleuve blond qui s’appelle la Loire, les yeux couleur de sable. Vous le prenez à gauche, et puis à droite, et puis tout droit, et quand vous êtes là, quand vous êtes là demandez la maison, tout l’monde nous connaît. Vous n’pouvez pas vous tromper
Elle a les yeux comme ceci, et les cheveux comme cela, il y a sa bouche qui est là, et son sourire juste au coin.

Elle est toujours là où je suis, je suis toujours là où elle est, elle est la lampe, elle est l’horloge, mon feu de braise, mon lieu-dit, elle est ma maison, mon logis, et de toute façon quand vous aurez vu son sourire
Vous ne pourrez pas vous tromper.
Parce que… Parce ce que… Parce que… C’est là!

Serge Reggiani - Un dessin dans le ciel

Lapin bleu

Face à la douleur, le retour en enfance se fait cocon du cœur. Je suis roulée en boule dans la lumière tamisée, et c’est à peine si je ne fais pas un câlin à ma peluche en écoutant Émilie Jolie. Quand la tendresse vient à manquer face à l’adversité, il faut savoir inventer sa propre douceur.

Défilement.

Quand on est sans cesse regardé… Jamais à l’abri, toujours dans les devoirs, les demandes, les constats, les jugements. Je ne veux pas être comme vous. Je ne veux pas vous voir, vous parler, vous sentir près de moi. J’eusse aimé qu’il puisse en être autrement. Si j’avais encore le choix je partirais une journée entière, je marcherais toute seule, comme une grande, sur d’autres chemins éparses, je pourrais voir le monde. Au lieu de ça je suis scotchée. Je vis dans l’ombre des écrans d’ordinateurs, piégée entre deux chaises, coltinée à la chaleur faunesque de vos corps entassés, entassés sur le mien, qui se résume désormais seulement par un écrasement des méninges.

Arrêtez les agendas, les stylos, les machines. Foutez le nez dehors, prenez un bon bol d’air. Peut-être que là j’arriverai à m’arrêter. Peut-être que j’arrêterai de voir mon cœur partir à l’autre bout de mon bras tandis que j’essaye de freiner, de respirer, il est partit mon cœur, il faut que je le suive. La fumée étrangle ma gorge. Une pause, rien qu’un espoir de pause. Étranglée, étranglée. Sentiment fugace de la haine des autres où de l’étouffement instantané, qui part aussitôt que j’arrive à l’écrire. Ou presque. Les mots restent suspendus. Je ne veux pas m’alourdir. Je ferai cavalier seul comme une espèce de bête enragée, bataillant dans le double chaos de l’ennui et du temps qui passe comme un cheval qui s’ébroue. Balancez moi les fers dans la tronche, que j’ai vraiment mal une bonne fois pour toute, que j’arrête d’étudier le poids qui m’accable. Je vais retrouver ma richesse intérieure, mon palais, mon infime royaume, au prix d’une douleur qui me regarde à chaque instant, intolérable. Elle ne s’en va pour ainsi dire jamais, me cueille au creux du lit. Mais dans ses bras elle m’apporte doucement ce qui me justifie. C’est bien là, je vais retrouver ma richesse intérieure, cette richesse si précieuse qui donne un sens à tout, qui vaudrait même que je meurs pour elle.