L'insoutenable légèreté des lettres.

Les tribulations d'une liseuse organique.

“Sur les moignons de la misère
Dans les coulisses du bonheur
Ils pourraient se pétrir des coeurs
A renverser la terre entière”

—   Léo Ferré (via eclats-de-vers)

(via gilbert-desmee)

Démasquée

Il est peut-être temps, aujourd’hui même, de s’accepter soi-même. Une bonne fois pour toute. Poser au pied de l’autre cette réalité sommaire : Je suis comme ça, c’est ainsi, je n’aime pas tout ce que je suis moi non plus. Mais je n’y changerai rien. Je suis fatiguée de changer. Alors c’est à prendre ou à laisser. Je mettrais tout mon coeur à aimer ce qu’il m’est offert de toi, et j’ose espérer qu’il en sera ainsi pour toi aussi, Car aujourd’hui, je monte sur scène, et je meurs de trouille à l’idée qui tu puisses t’éloigner. 

J#11 d’un job d’été mortel

J’excelle dans l’art de perforer un tas de 200 factures en 1h30, malgré une nuit mouvementée. Une dizaine de micro réveils, des chansons qui tournent en boucle dans ma tête, l’inquiétude sonnant comme un disque rayé… Et un réveil qui ne sonne pas, lui. Mais au matin je perfore avec performance.
Je sais que lorsque je ne dors pas je dramatise tout. Je pleure en moins de temps qu’il n’en faut, à la première contrariété. La matinée fut rude, gambergeant au dessus des factures comme une vache qui régurgite. J’ai faillis craquer… J’ai un peu craqué. J’ai voulu me sortir de ce mauvais pas, de ces mauvaises pensées en causant avec moi-même de littérature, blasphème au service compta générale. Des fois qu’ils auraient des polices de la pensée, ils ne seraient pas déçus.
Bon, ça n’a pas marché.

Mon écriture laisse à désirer tant ma langueur est grande. J’ai peine pour mon voisin de bureau. Moi, ce n’est pas ma vie, je continue de me le répéter, lui, c’est la sienne, les pieds dedans. Il gribouille un post-it pour avoir l’air occupé. Il passe le temps, il donne le change. Ma collègue à fait ce matin le seul travail que je savais faire, à ma place. Chacun pour soi devant l’ennui, je la comprends. L’efficacité feinte est cependant d’une telle hypocrisie que j’ai la nausée des jours gris trop longs, où l’on reste sur son lit sans faire grand chose. Cet endroit est une blague.
 

–George Orwell - 1984

 

George Orwell - 1984

(via papiersdecolles)

« "Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?"

Les inquiétudes
oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
les fils télégraphiques auxquels elles pendent
les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon
qu’une main sadique tourmente
dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
s’enfuient
et dans les trous, les roues vertigineuses les bouches les voix 
et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd…

- Blaise Cendrars - La prose du transsibérien

“Il aimait l’humanité entière, mais au fond, il n’aimait personne. Il croyait au malheur parce qu’il était seul. L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude.”

—   Romain Gary, Les cerfs-volants

(Source : laceremoniedesadieux, via leucosie-8)

Jour#9 bis

Je n’ai pas de travail depuis une heure. J’en suis même venue à lire le règlement intérieur.
III,5 navigation internet
” Les salariés de *** bénéficient d’un accès à internet. […]. Cet accès est individuel, authentifié et tracé. ”
Il est marqué en gros qu’on peut contrôler les informations qui circulent sur mon réseau et me rappeler aux règles. Voire même me licencier. Qu’ils viennent.
Rien dans ce règlement qui me dise ce que j’ai réellement le droit de faire ou non.

« Un jour comme celui-ci, mon maître William Faulkner a dit dans ce lieu : « Je me refuse à accepter la fin de l’Homme. » Je ne me sentirais pas digne d’occuper cette place qui était la sienne si je n’avais pas pleinement conscience que la tragédie colossale, qu’il se refusait à voir il y a 32 ans, est, pour la première fois depuis les origines de l’humanité, bien plus d’une hypothèse scientifique.

Devant cette réalité saisissante qui a dû paraître une utopie durant tout le temps humain, nous, les inventeurs de fables qui croyons tout, nous sentons le droit de croire qu’il n’est pas encore trop tard pour entreprendre la création de l’utopie contraire. Une utopie nouvelle et triomphante de la vie, où personne ne peut décider pour les autres de leur façon de mourir ; où l’amour prouve que la vérité et le bonheur sont possibles ; et où les races condamnées à cent ans de solitude ont, enfin et pour toujours, une deuxième chance sur terre.” »

Gabriel GARCIA MARQUEZ - Discours de réception du prix nobel de Littérature pour le roman Cent ans de Solitude

J#9 d’un job d’été mortel

Drame. J’ai été changé de place. Moi qui était cachée derrière mon ordinateur suis maintenant exposée à la vue de tout le monde. J’ai l’impression d’être nue. Ma boss peut scruter mon écran, mes collègues voient chacun de mes faits et gestes, même le couloir peut admirer facilement tout ce que je fais. Je suis au milieu. Chaque signe d’inactivité sera désormais noté, enregistré. J’ai un perpétuel frisson me parcourant l’échine, je n’entends pas quand quelqu’un s’approche dans mon dos.
Savent ils que je n’ai rien à faire ? Que je passe 90% de mon temps sur internet pour ne pas sombrer dans la folie provoquée par l’abus de classement? J’ai envie de pleurer. Me voilà plongée dans l’absurdité la plus totale. Dix jours encore. Dix jours d’ennui, de contrariété, de sous-régime, de frustration, de regards désapprobateurs. On me met la pression en me disant que même si je n’ai rien à faire il faut que je reste à ma place parce que ma boss est intransigeante. Je la croyais sympa, mais on ne peut se fier à personne. 9h35, j’ai tout terminé, je panique.

* En me voyant faire un peu rouler ma chaise mon collègue me dit : “houla tu t’ennuies là”, moi polie : “ça va”. Et puis rien. Mon bureau est vide, aussi vide que si j’allais partir en vacances. Mais rien. Et je suis obligée de rester sans bouger. Je ne sais pas ce que j’ai le droit ou non de faire. Il me reste une heure, et 32% de batterie.

Matinée

Quelque chose d’un chagrin au réveil, assoiffé, quelque chose d’une épine venant gratter l’écorce, subrepticement. La sensation d’un vide mélancolique que seul l’amour pourrait combler. Il arrive. Pour une fois la détresse ne gagnera pas.

Jour#8 d’un job d’été mortel

Je pense avoir pris mes marques. J’ai trouvé de quoi m’occuper. J’ai tellement bien réussi -à coup de LolCats, VDM et autres tumblr- que je n’ai plus la motivation pour travailler. Je vais couler la boîte ! à force de lenteur et d’inefficacité.
Ce qu’il y a de bien dans tout ça, c’est que j’ai redécouvert l’écriture manuscrite et que je m’y attelle tous les matins en arrivant. J’envisage de m’entraîner à la pastiche, histoire de développer, qui sait, un vrai talent d’écriture.

Silence de mort dans le bureau. Ça cliquette, ça cliquette, ça cliquette… Mes textes sont aussi répétitifs que mon quotidien. Bientôt la pause.

J’ai désespérément envie de lire. Je remercie cinqminutesdepause qui m’a sauvé pour ça. 

*

Mon programme de géographie de l’année prochaine se trouve aux antipodes (jeu de mot de géographe, on se chauffe pour l’année prochaine) de ce dont j’ai l’habitude d’explorer : il s’agit de “La Planète financière”. Ce qui est marrant c’est que le programme comprend une étude qui part du global pour s’étendre au local, local où je suis désespérément plongée. Plongée au plus profond du local, là où reposent les cadavres de factures, les pieds posés sur l’Enfer où l’on brûle les plus anciennes factures rangées aux archives. Quand je me vois d’en haut, vue du global, je me vois petite fourmi piétinant dans le service finance/comptabilité générale d’une entreprise située à la Défense, place financière française de renom, plus ou moins bébé à côté de la City londonienne.
Je suis au coeur du sujet, je m’imprègne, et bien je n’ai qu’une chose à dire : l’année va être longue, parce que tout ça -j’use de la litote- ce n’est pas très passionnant.

Entre deux classeurs, caresse de velour

Des amours imaginaires

Trésors de pensées illuminant mon esprit

Vient déposer un sourire sur mes traits tirés

Rêvant aux flâneuses promenades sur les quais de Paris. 

cinqminutesdepause:

" La prévarication qui dégrade absolument l’homme, de nos jours, est le crime qu’il commet contre la langue, crime d’une extrême gravité, parce que c’est l’humanité, par lui, qui est rendue coupable, l’homme n’étant homme, c’est-à-dire intelligence, que par la parole "

Joseph de Maistre, Du Pape

“Quand un poète vous semble obscur, cherchez bien, et ne cherchez pas loin. Il n’y a d’obscur ici que la merveilleuse rencontre du corps et de l’idée, qui opère la résurrection du langage.”

—   Alain

(Source : marinos22898)